La Cage
Genre : SF
Thème imposé : la cage
Murs blancs autour de moi. Avec du rouge. Et la table. Petite. De la csuinne. Et l’ordinateur. Qui marche plus. Et le lavabo. Le lavabo. Et le miroir. Et plein de, plein de boîtes de conserves. Que je mange. Pour vivre. L’ordinateur ne marche plus. Il y a l’ampoule. Elle fait le jour et elle fait la nuit.
Je suis dans une cage.
Je suis dans une cage.
Je suis dans une cage.
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Prisonnier. Enfermé. Je ne me souviens plus. Pourquoi ? Et depuis quand ? La porte est fermée. Mes poings ont saigné en tapant dessus. Sur la porte. En métal. Grosse. Avec des gros boulons. Il y a du sang sur le battant. JE VEUX SORTIR !!!! Mais je ne peux pas. Je suis enfermé. Dans ma cage.
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C’est très drôle. Très très drôle. Il y a plein de livres autour de moi. Des livres vieux. Et je tourne en rond. Je fais des cercles. Et je lis les livres. Dix fois. Cent fois. Et je tourne en rond. C’est très drôle. Et le pages des livres se tournent. Et les mots ne veulent plus rien dire. Ils tournent en rond. Comme moi. Dans ma cage. Ils tournent en rond. Dans ma mémoire. Comme plein de choses que je ne veux pas voir. Dans ma mémoire, mais tout au fond. Enfouis. Très profond. Comme des millions de cadavres couchés sous la terre. Et là aussi, ça tourne en rond, mais c’est dégueulasse. C’est horrible. C’est des souvenirs de mort et de violence. C’EST HORRIBLE !! Il ne faut pas que je les vois. Il faut fermer les yeux de ma mémoire. Pour ne pas voir.
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Il y a aussi des photos. Sur les murs. J’ai peur que l’ampoule meure. Des photos de jolies filles. Elles sont belles. Mais elles me rappellent quelque chose de désagréable. Quelque chose qui a à voir avec l’avant. Et que je ne veux pas voir, parce que ça me fait très peur. Si l’ampoule meure est-ce que je mourrai ? Il fera tout noir dans ma cage. Est-ce que je peux vivre dans le tout noir ? Peut-être que je pourrai enfin dormir. Peut-être que j’ai besoin du tout noir tout le temps pour pouvoir dormir… Mais j’ai peur aussi, du tout noir. Et les filles me sourient. Elles ont pas beaucoup de vêtements sur elle. Et il y a aussi des avions. Et elles sont belles. Sans l’ampoule, je ne pourrai plus les voir. Est-ce que je serai triste ?
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J’ai mal à la tête. Des fois. Parce que j’ai pris trop de cachets. Je pense. Les petites pilules roses et bleues. Pour repousser les mauvais souvenirs. Les idées noires. Parce qu’autrement je serais mort. Je me serais cogné la tête contre les murs de ma cage jusqu’à ce que ma tête éclate. Pour mourir. Quand j’ai mal à la tête, je me dis que si je me cognais la tête contre les murs, ça me ferait sûrement aussi mal. Et je trouve ça drôle. Les cachets pour pas avoir mal à la tête et mourir mais qui me donne quand même mal à la tête. Mais je suis pas mourir. Et c’est important. JE suis VIVNAT. VIVANT. Pourquoi je pleure ? Pourquoi je suis triste ? Pourquoi mes yeux coulent-ils des larmes ? C’est triste. Des grosses larmes. Chaudes. Qui tombent de mes joues. Elles vont s’écraser sur mon pantalon. Tout sale. Il est tout sale mon pantalon. Il y a plein de tâches dessus. Des tâches d’autres larmes. Et des tâches d’autres trucs. Et il y a une tête dans le miroir. Que je ne connais pas. Avec une énorme barbe noir, et des yeux dangereux. Elle me fait très peur cette tête. Elle est très folle. Je ne pleure plus. Je pense à cette tête. Dans le miroir. Elle me fait peur. Elle est le reflet de quelque chose que j’ai oublié. Et que je ne veux pas me rappeler. Car c’est dangereux.
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Des fois, je suis assis devant le papier. Comme ça. Avec mon stylo. Et j’écris des choses. Comme ça. La lumière de l’ampoule est pas bien forte. J’ai mal aux yeux de regarder les petits signes que je trace sur le papier. J’ai déjà rempli beaucoup de cahiers. Je me dis qu’il faut que je continue de savoir écrire. Même si je n’ai rien à écrire. C’est juste des mots. Des mots et des phrases. Mais peut-être qu’ils me rappellent que je suis vraiment vivant ? C’est peut-être pour ça que je crois qu’ils sont importants les mots. Surtout, les mots sont le présent. Oui. Ils sont mon présent. Parce que il n’y a pas de passé. Oh non. NON !!! Pas de passé. Et il n’y a pas de futur. NON. Juste le présent. Oui. Oui. Le présent. Et les mots. Avec des lettres. Je me concentre sur les lettres. Sur l’écriture. Voilà. Bien ronde. Et bien droite. Et bien régulière. Au centre des petites lignes qui me font mal aux yeux. Comme ça. Et je ne pense à rien d’autre. Et je continue de respirer. Dans ma cage. Avec les mots. Les mots qui me rappellent que j’existe.
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L’avant est dangereux. Méchant. Car il fait affreusement mal. Je l’ai oublié. Grâce aux pilules. Juste le présent. Mais des fois, il me surprend. Il me saute à la gorge. Il me mord !!! C’est comme ça. Par exemple, je me rappelle qu’avant, j’avais mon réveil. Qui m’indiquais l’heure. Et le jour. Et je savais quel jour on était. Mais le réveil s’est arrêté. A cause des piles. Il y avait des toutes petites piles dedans, à l’intérieur du réveil, pour le faire fonctionner, mais dans ma cage, il n’y a pas de petites piles. Et donc, il n’y a plus de temps. Je me suis amusé une fois à compter les secondes, pour essayer de rattraper ce temps qui file. Mais c’est très long. Ça m’a occupé assez longtemps. Et ça a presque réussit à me faire dormir. Mais je n’arrive pas à rattraper ce temps. Qui s’en va. Comme l’eau dans mon lavabo lorsque je coule mon robinet. Et je n’arrive pas non plus à dormir. Même avec les pilules. Car je fais des cauchemars. Et c’est l’horreur. Des cauchemars dont je ne me souviens pas, mais qui me laisse dans un état vraiment moche, comme si des milliers de lames venaient de me déchirer à l’intérieur. Je voudrais que le visage dans le miroir s’en aille aussi. En même temps que mes cauchemars. Mais lui aussi, il est toujours là. Heureusement, mes pilules m’aident à les combattre. A continuer d’oublier. A juste voir le présent.
A vivre.
Dormir. Manger. Ne pas penser.
Je suis un animal dans une cage.
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Des fois je crie très fort. Très très fort. En me tirant les cheveux. Quand je me fais mal, quand je me griffe la peau ou que je cogne mes poings sur la surface des murs ou sur la têtes des jolies filles qui me sourient jusqu’à ce que le sang s’échappe de mon corps, je suis sûr que je ne suis pas mort. La douleur me rassure. Parce qu’un jour, ou une nuit, je me suis réveillé. Et j’étais sûr que j’étais bien mort. Qu’est-ce qui nous dit qu’on n’est pas mort ? que je me suis dit. Alors je me suis levé et j’ai été prendre le couteau. Près du chauffe-eau. Au milieu des boîtes de conserve sales et vides. Et je me suis assis sur mon lit. Et j’ai posé la lame du couteau sur ma peau. Parce que peut-être que j’étais bien mort. Et je ne sais pas si quand on est mort on sent encore quelque chose. Mais je pense pas. La mort, on doit être différent quand on est dedans. Peut-être qu’on est tout froid. Peut-être qu’on ne pense plus. Comme moi. J’ai fait glisser la lame sur mon bras. La lame coupe. Elle m’a coupé le bras. Mais la douleur n’était pas là. J’étais froid et je ne pensais pas. Et j’ai eu vraiment très peur. Et j’ai recommencé. Plus profond. La lame. Dans ma chair. Le sang est parti en gros bouillon. Rouge. Je voulais toucher la douleur pour être sûr que j’existais toujours. La douleur est venue, finalement. Comme quelque chose qui pique. Mon bras coupé était un peu froid. J’avais mal. J’étais content. Je savais que je n’étais pas encore mort.
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Il ne me reste plus beaucoup de pilules. C’est horrible. Je m’en suis rendu compte je ne sais pas quand. Tout à l’heure. Même si tout à l’heure ne veut rien dire. Les idées noires flottaient dans ma tête de nouveau, comme des gros nuages dangereux prêts à faire craquer leur tonnerre. J’ai pris la double dose de pilule pour les éloigner. Et c’est là que j’ai vu que les boîtes étaient vides. Normalement, je trie les choses. Les conserves que j’ai mangées, je les mets près du chauffe-eau. Il y a un grand monticule de boîtes de conserve. C’est amusant. Je pourrais essayer de faire un château avec. Ce serait amusant. Mais mes boîtes de pilules – c’est des petits emballages en carton blanc avec des signes dessus que j’ai oublié ce qu’ils voulaient dire – normalement quand elles sont vides je les mets dans le grand sachet en plastique, au fond de ma cage, près des toilettes qui font du bruit. Et je ne comprends pas. Peut-être que j’ai pris trop de pilules et que j’ai rangé les boîtes qui étaient vides à la place de celles qui étaient remplies. Mais j’ai été vérifié dans le sac poubelle. Et toutes les boîtes sont vides. J’ai retourné ma cage. Je crois que je suis encore devenu fou. Le reflet dans la glace avait les yeux qui brillaient très fort. J’ai fouillé l’intérieur de ma cage, mais pas de petites boîtes. Je suis en train d’avaler les deux dernières. Et je suis effrayé. Car après, que va-t-il se passer ? Sans les pilules, je vais mourir. Je suis sûr que je vais mourir. Parce que tout va revenir, et je ne pourrai pas l’empêcher.
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C’est horrible. Je n’ai plus de pilule. J’ai recommencé à dormir. C’est horrible. J’ai beau rester concentrer sur l’ampoule de ma cage, la fixer jusqu’à ce que sa sphère brasillant s’incruste dans mes rétines, le sommeil finit toujours pas me gagner. C’est horrible. J’ai beau faire des châteaux avec les boîtes de conserve, toujours le sommeil revient à la charge. Et les mots commencent à me revenir. Je commence à comprendre. Mais je ne veux pas. Je ne veux pas savoir. Je veux rester dans le noir. L’ignorance. J’ai essayé de forcer la porte de ma cage. Un imposant battant de métal hermétique maintenu par de solides charnières. Vous voyez ! Les mots me reviennent. C’est horrible. Et avec eux, bientôt, tout le reste. Cela risque de m’engloutir. Je pense que je n’en ai plus pour très longtemps. Plus pour très longtemps à vivre.
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Les pilules faisaient comme un rempart. Elles érigeaient un mur d’enceinte autour de ma conscience. Cette barrière protectrice s’amenuise d’heure en heure. Je retrouve le vocabulaire. Je redonne des mots aux formes qui m’entourent. Et les souvenirs, fragmentés, remontent à la surface de ma mémoire. Comme des éclats tranchant lacérant la nuit. Je viens de me réveiller. Je suis encore tout imprégné du cauchemar que je viens de quitter. Et dont je me souviens. Avec une macabre précision.
La fille court dans le couloir. Son visage m’est familier. Mais je n’arrive pas à la reconnaître. Elle court. Affolée. Son visage est un masque de pure frayeur. Ses yeux sont emplis d’une panique sans nom. Sa bouche est ouverte sur un cri que je n’entends pas. Elle court. Pourquoi ? Pour fuir quelque chose. Quelque chose d’imminent. Une puissance supérieure. Qui a le pouvoir de tout annihiler. La fille court le long du couloir. Elle veut s’échapper, mais pourtant, elle sait intérieurement que sa fuite est vaine. Car quoi qu’elle face, la chose finira par la rattraper. Par la détruire. Car elle lui échappe. C’est quelque chose qui la fait se sentir minuscule, insignifiante. Comme si elle n’était qu’une poussière. La fille court le long du couloir. Elle hurle. Puis elle s’arrête brusquement. C’est un hôtel. Je comprends que c’est un hôtel. Car d’autres gens viennent de sortir sur le pallier de leur chambre, dans le couloir. Ils ont été attirés par quelque chose. Je n’arrive pas à savoir ce que c’est. Ils arborent tous cette même figure complètement défaite, anéantie, les traits tirés par une angoisse intraduisible. L’expression de la proie prise au piège. Comme un seul homme, cette petite foule se rassemble, et, le pas hésitant, dans un pesant silence, un silence de mort, cette petite foule se dirige vers l’unique fenêtre qui perce le mur du fond du couloir. Seule la jeune fille reste en retrait du groupe, à l’arrière. Elle se mord les poings tant la nervosité la dévore. Ses yeux sont humides de larmes. A l’extérieur, il fait nuit. Car malgré que les néons du couloir soient allumés, l’obscurité tisse de grandes ombres sur la tapisserie des murs. Ils vont tous mourir. Je le sais. Et je ne peux rien y faire.
Voilà. Le cauchemar. Le premier d’une procession mortuaire qui ne va pas cesser de s’étoffer. De m’étouffer. Et dont le point culminant sera la révélation. Mais je ne veux pas. Je veux m’y soustraire. Je ne veux pas me souvenir. Comment faire ? Je voudrais quitter cette cage dans laquelle je suis enfermé. Je voudrais savoir pourquoi on m’y a enfermé. Mais, paradoxalement, c’est au plus haut point que je redoute cette vérité. J’ai remarqué l’ampoule cachée dans un coin de ma cage. Une petite ampoule éteinte. Je ne me souviens pas de sa signification. Mais je sais, au fond de moi, qu’elle est la clef de tout… Et j’ai la certitude que la révélation approche. Que ma libération est proche. Mais à quel prix ?
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L’ampoule murale s’est allumée tout à l’heure. Brillant d’une luminescence verte, insistante. Comme un appel. Qui voulait dire quelque chose. La porte de ma cage s’est déverrouillée dans un bruit de claquement d’acier.
Il m’a fallu plusieurs secondes, plusieurs minutes peut-être, pour accepter la chose. Vous ne pouvez pas comprendre… Ma cage… Je la connais dans les moindres détails. De la plus petite lézarde qui galope sur ses murs de briques, aux trous que mes poings ensanglantés ont laissé dans les panneaux de bois, en passant par les imperfections multiples cabossant le plafond… Elle était ma prison. Mon univers particulier. Et désormais, j’étais libre. Je quittais tout ça… Pour aller au devant de quelque chose que je savais monstrueux, sans pourtant le connaître.
Alors je me suis dirigé vers la porte. J’ai croisé le reflet sur la glace du miroir. Un visage avec une barbe noire épaisse qui tombait sur une poitrine velue, et la toison d’une chevelure emmêlée, tombant en gros paquets sur des épaules maigrichonnes.
J’ai reconnu mon visage. C’était mon visage. Ces yeux fous, c’était mes yeux. Ce front plissé par la peur et la folie, c’était mon front. Mais le reflet qui me regardait avait abandonné toute animosité. Toute trace d’aliénation. C’était moi. J’avais changé. Je m’étais reconnu. J’étais redevenu moi. Et je me suis avancé vers la porte, épais battant hermétique, que j’ai ouvert. Devant moi, un long couloir. Comme à l’intérieur de moi… A mesure que j’avance vers ma libération, mon chemin physique, extérieur, est comme un curieux contrepoint / reflet de mon cheminement intérieur… Car en moi, à mesure que j’avance, à chacun des pas que je fais dans l’étroit boyau plongé dans l’obscurité, à chaque emprunte que je laisse sur le sol couvert d’une blanche poussière, je m’approche inévitablement de ce vaste territoire de souvenirs et de vérités que les pilules, et peut-être aussi ma volonté, ont enterré au plus profond de ma conscience. Et je sens tout cela remonter, sombre magma bouillonnant, au rythme singulier de mon avancée… Quelque chose qui se lève en moi. Comme… Une intense lumière…
…Comme…
…Un levé de soleil ensanglanté…
…Comme…
…Comme l’explosion des premières bombes à hydrogène sur les grandes villes du monde. La déflagration qui ébranle la terre, l’impossible lumière qui boit le ciel. Et le souffle de chaleur impossible, une vague immense, qui avance, et qui balaie tout sur son passage. Les toitures des maisons s’envolent, petits fétus de paille, le verre des fenêtres fond, se liquéfiant en perles de verre. Il y a des gens dans la maison. Ils regardent la lumière. Comme s’il s’agissait d’un spectacle. La lumière est un faisceau ardent qui leur a brûlé les rétines, les rendant instantanément aveugles. Ils n’ont pas le temps de crier leur douleur que les gens, que la petite fille, qui s’appelle Clarisse, que ma petite fille, qui s’appelle Clarisse, est submergée par la vague de chaleur. Par ce rouleau infernal. Clarisse est une petite poupée de chair. Sa peau entre en ébullition. Des cloques bourgeonnent à la surface de son corps : sur ses bras, sur ses joues – son beau visage lisse que j’ai tant de fois serré – sur ses jambes. Son visage fond, comme s’il s’agissait d’un masque de papier mâché. Elle est une poupée de cire, qui fond. Elle porte une petite robe rouge. Qui se consume en même temps que ses longs cheveux blonds. Tout s’embrase. Tout part en flammes. Le feu dévore tout. Les meubles de la salle à manger. La télé en plastique. Et je ne peux rien faire…
Je suis arrivé devant un second battant scellé. Au bout du couloir. Je pose une main tremblante sur la clenche. Je la retire instinctivement, la croyant chaude. Comme si je m’étais brûlé. Mais la clenche est froide. Aussi froide que les larmes qui roulent sur mes joues. Je saisis la clenche. J’ouvre la porte.
La lumière du jour me frappe avec une telle intensité que je suis obligé de fermer les paupières. C’était comme si j’avais reçu une réminiscence des aveuglants flashs photoniques qui ont photographiés les plus grandes capitales du monde. Avant que je sois enfermé. Je bats des paupières, pour m’accoutumer. Ma vision se réadapte. Je respire. L’air. L’air extérieur. Extérieur à ma cage. Je suis pris de vertiges. L’air sent la cendre. Et la mort. Un relent indéfinissable. De l’acier, de la chair calcinée. L’odeur de la fin du monde. Surtout, il fait froid… La différence de température me tétanise. Je grelotte. Je sens des choses froides tomber sur mon visage. Mes yeux distinguent peu à peu les formes et les contours au-devant de moi. La réalité émerge progressivement de sa gangue éclatante.
Tout est blanc. Il neige. La ville qui m’entoure est intégralement recouverte d’un épais manteau neigeux. Je m’aperçois que le souffle que j’expire se transforme en condensation au sortir de ma bouche. Je me frictionne les avant-bras pour ranimer un peu de chaleur dans mon corps. Je fais quelque pas. Dans mon jardin. Ce qui l’en reste. Une surface lisse. Presque propre. Recouverte de plusieurs centimètres de neige. Des formes archaïques jaillissent du manteau immaculé, un peu plus loin en aval. Semblables à des sculptures inconvenantes dans ce paysage de pure désolation. Le ciel au-dessus de moi est entièrement bouché. Une épaisse plaque grise s’étire d’est en ouest, du nord au sud, et l’œil malingre d’un soleil à l’agonie tente vainement d’en percer la strate figée. Je me retourne. Ma maison. Il n’en reste rien. Les murs porteurs qui se dressent. Leurs sommets décapités présentant aux flocons en apesanteur les créneaux déchiquetés de leurs briques. La ville, en contrebas, se noie dans un effluve épais de brouillard. Tout est figé. Ne serait le lent ballet des flocons autour de moi, on croirait que le temps s’est arrêté. Et le silence est surnaturel. Pas un bruit. Juste ma respiration.
Je tombe à genoux. Dans la neige. Mes larmes se sont transformées en de puissants sanglots qui me secouent. Qui sortent de moi avec une violence terrible. Alors que tout au fond, l’abcès a crevé et déverse son flot de souvenirs purulents, sanieux. Ma vie d’avant, mon passé. Tout ce que notre folie a effacé…
Lorsque je me relève, une seule certitude habite mon esprit : Je suis le dernier des hommes.
Dans mon dos, l’entrée de mon abri antiatomique.
Je commence à marcher vers la ville.