Qui défile
Sur les rails de métal le serpent de ferraille glisse
Lestement. Dans le miroitement de ses vitres lisses
L’on aperçoit l’amas lassant des visages tristes
Qui défilent, qui défilent, qui défilent.
Sur les routes de bitume, sur les chaussées noircies,
Comme rongées par la fureur du passage et du bruit,
Voitures virevoltent, virtuoses volubiles,
Qui défilent, qui défilent, qui défilent.
Sur le vaste champ du ciel béant comme un gouffre bleu
Les grandes ailes d’argent piquetées de mille feux
Tissent des lignes blanches, des panaches vaporeux
Qui défilent, qui défilent, qui défilent.
Sur le miroir roulant de la mer sertie de saphirs
Que vient franger sereinement le soupir du zéphyr
S’emportent des escadrilles d’innombrables navires
Qui défilent, qui défilent, qui défilent.
Et les hommes, dans tout cela, à quoi s’occupent-ils ?
Empruntant ces grands axes, chevauchant ces grandes lignes,
Ils avancent sans laisser de traces, loin de leur vie,
Qui défile, qui défile, qui défile.