Elle
Et je restais campé sur mes deux jambes
Devant la fenêtre de ma chambre
A scruter la cage d’escalier vide
Au marches tournoyantes,
Et à attendre et espérer
Face au mur de béton élimé,
Face à mon reflet vide sur la vitre,
Le passage fugitif
De l’être désiré.
Debout et seul, statue figée dans sa morne solitude,
La tête pleine de rêves et de lumières
Aussitôt contredits par mille désillusions
Que ma raison coriace opposait
A ma folle imagination,
Je scrutais en silence la cage d’escalier vide
En écoutant les battements lents de mon cœur
Que je savais, avec la plus intime conviction,
Accordés aux siens, lointains mais si proches.
Et je nourrissais l’espoir secret, l’espoir naïf
De me glisser entre ses cuisses,
De caresser le galbe lisse de ses seins
Et le tendre velours de sa peau blanche,
De froisser la cataracte de sa chevelure noire
De mes mains aux doigts déliés ;
D’embrasser la courbure de ses hanches,
Et ses lèvres
Et sa bouche
Et sa langue,
D’échanger nos flux et nos essences,
D’accéder au centre névralgique de ses sens
De son intimité
Pour déclencher en elle
Et en moi
Mille émois
Mille levés de soleil
Mille éclats partagés.
Que nous frissonnions ensembles à l’unisson du plaisir
Dans une pure jubilation de la chair.
Effleurer de nos corps alanguis et fusionnés
Le fleuve ardent de la passion qui nous relie
Et nous transporte l’un et l’autre
Vers des territoires vierges
Que nos âmes vierges
Ne peuvent soupçonner.
Pour arracher à la vie quelques secondes d’extase
A jamais gravés dans nos mémoires,
En inoubliables instants
D’éternité.
2005